Bolloré risque de perdre le port de Dakar et mise sur l’Afrique de l’Est

samedi 23 juin 2007

Bolloré risque de perdre le port de Dakar et mise sur l’Afrique de l’Est

Le Monde - 13/06/07

Surtout présent dans les pays francophones, le groupe de logistique tente de profiter du boom minier et pétrolier dans le reste du continent.

Dubaï Ports World (DP World), l’un des leaders mondiaux de la gestion portuaire serait sur le point d’acquérir le port de Dakar, selon une information publiée lundi 11 juin dans la presse sénégalaise. L’opération porte sur la concession du terminal à conteneurs du port de la capitale, ainsi que sur sa modernisation. Le montant total de l’opération est évalué à 382 millions d’euros. Deux autres candidats étaient en lice : le Danois Maersk, numéro un mondial des porte-conteneurs et un consortium formé de l’association du groupe Bolloré et de CMA-CGM. L’offre des Français, qui s’élève à 500 millions d’euros, aurait donc été rejetée par le gouvernement sénégalais, alors que le consortium estimait être en position de mieux disant sur ce projet. Bolloré et CMA-CGM pourraient déposer un recours devant l’autorité de tutelle du port de Dakar pour réexaminer le dossier. Il s’agirait d’un véritable revers pour Bolloré, présent au Sénégal depuis 80 ans. Quelle que soit l’issue de ce dossier, cela ne remet cependant pas en cause la stratégie globale menée par Dominique Lafont, le directeur général « Afrique » du groupe, depuis son arrivée en juillet 2006. Aujourd’hui, Bolloré avec ses 241 agences est présent dans 41 pays en Afrique et emploie 17 500 salariés. La logistique et le transport restent les secteurs phares du groupe (20 % du chiffre d’affaires total avec 1,3 milliard d’euros en 2006). Fidèle à son modèle de développement fondé sur l’autofinancement, Bolloré investit annuellement 100 millions d’euros pour sa division Afrique. Sans abandonner les pays francophones, zone d’implantation historique du groupe, Bolloré mise désormais sur l’Afrique anglophone. Le Français reste absent de Libye, d’Egypte, ou de la corne de l’Afrique, mais sa zone d’influence va désormais bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest.

Exemple : l’Afrique du Sud. La présence du groupe français y est encore confidentielle. Bolloré ne détient que 1 % de parts de marché dans le secteur de la logistique, mais il fonde de grands espoirs sur de nouveaux axes de développement comme l’exploitation minière de l’Afrique subsaharienne. Cette conquête se déroule dans un environnement fortement concurrentiel avec des groupes internationaux de logistiques tels le Suisse Panalpina, l’Allemand DHL ou encore quelques acteurs locaux. « Près d’une une quarantaine de projets industriels, pétrolier et minier sont actuellement à l’étude », affirme Eric Melet, directeur des fonctions opérationnelles de Bolloré. L’exploitation de ces mines où sont présentes des entreprises comme le groupe anglo-australien Rio Tinto ou encore l’indien Arcelor-Mittal nécessite le transport des éléments de construction de l’infrastructure. Une fois la mine équipée il s’agit d’acheminer les minerais par le rail ou la route jusqu’aux ports pour l’exportation. Dans cette offre logistique, Bolloré intègre l’ensemble de la chaîne de transport grâce à sa flotte de véhicules (1 200 camions et 2 000 remorques).

Quant aux chemins de fer, le groupe exploite par concession les compagnies Sitarail en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso avec (1.500 kilomètres ; 900.000 tonnes de marchandises par an) et Camirail au Cameroun (1.100 kilomètres ; 1,9 million de tonnes de marchandises par an). Ces investissements sont nécessaires à Bolloré pour gagner des marchés dans ces pays, mais ils n’ont pas, pour l’instant, de rentabilité économique. Les équipements ferroviaires sont souvent obsolètes et doivent faire l’objet d’engagements financiers importants. « Nous n’avons pas vocation à prendre en charge tous les chemins de fer en difficultés d’Afrique », souligne toutefois M. Lafont, qui estime nécessaire que les bailleurs de fonds internationaux comme la Banque mondiale accompagnent financièrement le mouvement de privatisation des chemins de fer africains actuellement en cours. Toujours à l’Est, Bolloré est à la recherche d’un accès vers hauts plateaux abyssins par le chemin de fer qui relie Djibouti à Addis Abeba capitale de l’Ethiopie. Mais pour le moment aucune solution viable économiquement n’a été trouvée. Ces axes de circulation ferroviaire et routière doivent ensuite trouver des débouchés sur la mer. D’où le renforcement de Bolloré dans les ports africains. C’est notamment le cas à l’Est : la présence à Mombasa (Kenya) et Dar Es Salaam (Tanzanie) permet de créer des corridors d’acheminement sur des distances d’au moins 2.000 kilomètres. « Le maillage de plus en plus dense des axes de circulation reste l’enjeu de notre démarche », explique M. Lafont.

Dominique Buffier


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