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Le riz efface le café et le cacao

samedi 23 juin 2007

Agriculture de subsistance à l’Ouest

Le riz efface le café et le cacao

 ::Jeudi 27 Octobre 2005 :: Source : nordsudmedia.com

Le café et le cacao ne sont plus les principaux produits de l’Ouest ivoirien. Tiraillées par les difficultés existentielles, les masses paysannes privilégient désormais les besoins nutritionnels. La culture du riz est sur une courbe ascendante dans la région.

Le constat est sans équivoque. Le cacao et surtout le café ne font plus recette dans l’Ouest du pays. Ces deux cultures de rente, naguère très pratiquées dans la région, ont aujourd’hui perdu du terrain au profit de la riziculture. Les plantations sont quasiment à l’abandon et les paysans semblent ne pas être préoccupés par cette révolution inattendue. Les raisons de ce déclin sont multiples. Mais, les villageois expliquent que la dégradation continuelle des cours et le conflit armé en cours ont largement contribué au désintéressement des masses laborieuses. « Notre priorité c’est désormais la nourriture », commente un responsable de la mission catholique de Zouan-Hounien. A l’Ouest, dans les plaines et les forêts, les champs de riz s’étendent à perte de vue. Des milliers d’hectares sont en exploitation.

La guerre, la baisse des cours tuent le café-cacao

En effet, les prix peu incitatifs du cacao et du café sur le marché local et international, sont plus que désastreux pour les planteurs de ces zones. Généralement à la merci d’acheteurs véreux, ils reçoivent parfois moins du tiers du prix fixé par la Bourse du café-cacao (BCC). « Ce sont les pisteurs qui nous ont ôté toute envie de continuer. Quand la BCC fixe le prix à 375Fcfa/kg, ces indélicats nous imposent moins de 200 Fcfa », se plaint Doua Gonseu, planteur à Téapleu dans le département de Danané. Selon lui, les cacaoculteurs n’ont pas d’alternative face à ces acheteurs sans scrupule qui règnent en maîtres absolus. « C’est à prendre où à laisser. Ou vous acceptez, ou votre produit vous reste sous les bras », renchérit Robert Gagbeu, membre de la coopérative du village de Bouleu. Le problème est d’autant plus crucial que ceux qui veulent se soustraire des griffes des pisteurs, en acheminant eux-mêmes leur production vers les grands centres de commercialisation, se heurtent à un racket systématique, aussi bien des militaires loyalistes que des Forces nouvelles. « Si vous prenez la route, vous allez abandonner le chargement à cause du racket », se lamente un habitant de Lolleu. Par ailleurs, la guerre a occasionné de nombreux mouvements de populations. Plusieurs personnes ont dû fuir leurs villages pour trouver refuge dans des zones plus sécurisées, laissant derrière elles, champs et plantations. Aujourd’hui, ces plantations ont été envahies par la brousse. « Nos plantations ont été ravalées par la forêt », affirme Tia Hugues un ressortissant de Bin-Houyé. Pour lui, si certains pensent à la réhabilitation de leurs plantations de cacao, il n’en va pas de même pour les caféiculteurs. En effet, argumente le paysan, la culture de café est très contraignant pour une rentabilité quasiment nulle. « Les plantations de café sont plus vulnérables aux herbes sauvages. Il suffit de peu de temps pour qu’elles deviennent méconnaissables », soutient Séa Georges reconverti en manœuvre dans une scierie à Guiglo. « Il y a également les incertitudes liées à une éventuelle reprise de la guerre. Ce soucis permanent ne permet pas de se lancer dans un projet aussi onéreux », avertit Kouigbé Mathias, un ancien déplacé. Devant toutes ces craintes, les populations ont décidé de changer leur fusil d’épaule. Elles ont jeté leur dévolu dans l’agriculture de subsistance et la riziculture occupe désormais toutes les familles. Après une étude, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a fait le constat suivant : les populations qui retournent « d’exil » ont accès aux champs, mais elles n’ont pas les moyens de production pour assurer leur quotidien. Il faut donc les aider en leur donnant les outillages agricoles, les semences, les engrais, conclut le système onusien.

Sur initiative des « frères mineurs capucins » de la mission catholique, le Pnud à travers son Programme d’appui à la lutte contre la pauvreté (Palcp), l’Organisation pour les migrations internationales (OIM) et le Programme alimentaire mondial (Pam) ont mis en place le « Projet famille ». Au cours de la première phase, lancée en 2004 dans les sous-préfectures de Zouan-Hounien et de Bin-Houyé, les appuis se sont traduits par l’apport de 28 tonnes de semences de riz (pluvial et de bas-fonds), des engrais, du matériel de travail et un encadrement technique. Le montant de l’appui avoisine les 77 millions de Fcfa. Les villageois montrent un vif intérêt à l’initiative, à travers un suivi rigoureux de la formation à elles proposée. Ainsi, 2376 ménages répartis sur 60 villages ont mis en exploitation, 560 hectares de riz de bas-fonds. Ces différentes familles ont récolté 7213,696 tonnes de riz paddy contre 2257,1 tonnes de riz irrigué.
Selon le président du conseil général de Danané, Célestin Noutoua Youdé, les premiers bénéficiaires du projet ont pu reconstituer leur capital de production et approvisionner en semences, les nouvelles exploitations de riz. « Tout le monde est intéressé par le projet », précise l’élu. Au vu des succès enregistrés et dans le but de satisfaire la forte demande, une deuxième phase a été mise en route en 2005.

Le coup de pouce du Pnud

Quelque 2400 nouveaux ménages disséminés dans une soixantaine de villages ont été sélectionnés. Au total, 4776 familles sont engagées dans ce projet rizicole. Une structure associative, dénommée Coopérative agricole de la famille Nazareth (Coopafan) a été portée sur les fonts baptismaux pour servir d’instrument de vulgarisation de la riziculture. Les paysans, dans leur écrasante majorité ont épousé la nouvelle « politique agricole » de la région qui devrait s’étendre, selon le ministre du Plan et de la Planification du développement Britto Naman, à d’autres régions du pays. Mais, ils craignent des difficultés de commercialisation. « La population s’est retranchée derrière la culture du riz, mais les problèmes pour écouler le produit se pose de plus en plus », s’inquiète le porte-parole de la jeunesse de Banyeleu, petite bourgade située entre Zouan-Hounien et Bin-Houyé. La directrice des cantines, Mme Lago Daléba rassure que les écoles sont des clients potentiels. « C’est une immense opportunité pour les établissements primaires », dit-elle. Dans cette euphorie générale, plus personne ne parle de café-cacao. Les temps ont changé…

Reportage réalisé par Lanciné Bakayoko


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