« Charlie Wilson’s War » une analyse géopolitique de la Guerre Froide ?

mercredi 6 janvier 2010

Une analyse du film proposée par Frédéric Marie, étudiant de L1 (2009), fan de cinéma !

« Charlie Wilson’s War » une analyse géopolitique de la Guerre Froide ?

Analyse géopolitique et cinématographique du film de Mike Nichols

Fiche technique du film :

CHARLIE WILSON’S WAR

Film long métrage, États-Unis 2007
Réalisation : Mike Nichols
Interprètes : Tom Hanks (Charlie Wilson), Amy Adams (Bonnie Bach), Julia Roberts (Joanne Herring), PhilipSeymour Hoffman (GustAvrakotos)
Scénario : Aaron Sorkin, d’après le livre de George CrileIII, Charlie Wilsons’s War : The Extraordinary Story of How the wildest man in Congress and a Rogue CIA Agent changed the History of our Times, Ed.Grove Press 2004, (anglais)

Version française ou version originale anglaise avec sous-titres français-allemands
Durée : 1h45
Distribution : UPI - UniversalPictures International Switzerland.

Résumé rapide du film :

La Guerre selon Charlie Wilson est l’incroyable histoire d’un vrai député texan, d’une belle richissime du Sud et d’un bouillant « misfit » de la CIA qui réussirent à monter la plus grande opération clandestine de tous les temps.

Wilson entame une carrière politique dans les années 60 et siège dès 1979 dans la Chambre des Représentants des Etats-Unis (United States House of Representatives), la chambre basse, composée de 435 représentants. Le démocrate Charlie Wilson est connu pour ses frasques, son amour des femmes et des alcools forts ! Mais cet hédoniste est aussi connu pour défendre des causes qui le font aimer du plus grand nombre : il possède un sens politique aigu, une solide connaissance de la scène politique internationale et de la géographie mondiale, un charisme qu’il sait mettre au service des causes humaines et humanitaires. Wilson est brillant, charismatique, et a des relations.
Parmi elles, la richissime Joanne Herring, une blonde flamboyante, anti-communiste convaincue, qui rêve de faire s’écrouler l’empire communiste soviétique. Trouvant nettement insuffisante l’aide américaine à l’Afghanistan pilonné régulièrement par les hélicoptères russes, elle persuade Wilson de la nécessité de porter secours aux Moudjahidins. Une fois convaincu (les arguments de la belle Herring sont irrésistibles !), Charlie enrôle l’agent de la CIA Gust Avrakotos, un battant de tempérament explosif, perpétuellement en conflit avec ses supérieurs, donc heureux de changer d’air. Il partage avec Wilson et Herring l’envie d’en découdre avec les Russes.

A eux trois, ils réussissent à nouer la plus improbable des alliances secrètes entre le Pakistan (Mohammed Zia Ul-Haq), Israël, l’Arabie Saoudite (on parle aussi de la Chine et de l’Égypte, selon les sources), et à obtenir que le budget de 5 millions de dollars alloué initialement par année aux rebelles afghans soit augmenté, au fil des années, à un milliard de dollars par année. Ces fonds seront utilisés pour acheter des armes non « traçables » pour les Combattants de la Liberté. En 1989, l’Armée Rouge évacua l’Afghanistan. Deux ans plus tard, l’URSS cessa d’exister.

Source : La Guerre selon Charlie Wilson

Introduction :

Ce devoir n’a pas pour vocation de décrypter le film de Nichols plan par plan, séquence par séquence, mais de façon transversale et dans une optique plutôt géopolitique et géostratégique. Cependant, seront utilisés à bon escient, les éléments filmiques importants qui présentent un intérêt notable.

Ainsi, on ne pourra pas rattacher cette analyse à un modèle « typique » d’analyse filmique, tant sur la forme que sur le fond, mais plus à une dissertation ou un commentaire, car l’intérêt de cette démarche est de présenter avec pertinence les points abordés par le réalisateur, ainsi que l’interprétation que celui-ci fait des évènements racontés dans son œuvre et surtout sa portée.
Dès lors, il nous sera possible de « toucher du doigt » le problème abordé, comme un spectateur avisé et critique.
Pour ce faire, trois points centraux seront développés.

Objets d’étude :

 Le modèle politique américain (fonctionnement et dysfonctionnement)
 L’opération Cyclone, entre fiction et réalité.
 Les autres aspects géopolitiques de la guerre froide révélés dans le film.

 Le modèle politique américain (fonctionnement ou dysfonctionnement ?)

A) Charlie Wilson le député

1. Un personnage charismatique
2. Un seul homme pour sauver le monde ?
3. Le représentant d’un modèle

B) La question du budget étasunien

1. Voter un budget : mode d’emploi
2. L’augmentation impressionnante du budget de la CIA

C) Un modèle fortement critiqué : le jeu des acteurs

1. Le Cynisme de Gust
2. Le personnage de Charlie : critique du modèle politique américain
3. Les confrontation avec les États arabes

 L’opération Cyclone, entre fiction et réalité.

A) L’opération Cyclone dans les livres d’histoires

1. La course à l’armement
2. Les objectifs de l’opération

B) Une opération secrète

1. La guerre froide : définition
2. L’ambiance de complots et le détournement dans le film

C) Les incohérences du film : l’embellissement de l’histoire ou un film de compensation

1. Le cadre historique n’est pas toujours respecté (cf : Carter pas mentionné par exemple)
2. Des éléments trop importants pour être mis sous silence
3. Un film de compensation américain

 Les autres aspects géopolitiques de la guerre froide révélés dans le film.

A) La haine du communiste , méchant de l’histoire

1. « let’s kill some russian ! » l’objectif premier de l’opération
2. Johanne et le maccarthysme poussé à l’extrême

B) Les relations internationales pendant l’opération Cyclone

1. Le rôle du Pakistan dans le conflit et sa sur-représentation
2. Le Moyen Orient comme le « véritable front de la guerre froide »

 Le modèle politique américain (fonctionnement ou dysfonctionnement ?)

A) Charlie Wilson le député

1. Un personnage charismatique

Le héros du film est un politicien, le député Charlie Wilson. Le fait que ce personnage ne soit pas fictif et même encore en vie est intéressant, car la liberté du réalisateur est censée être entravée en partie. En effet, le vrai Charlie a son mot a dire dans l’histoire, et même si celui-ci a laisser vaste le champs d’action de Mike Nichols, il y a certaines limites que le réalisateur doit respecter.
Cela dit, on peut dire que Nichols nous présente un Charlie Wilson très charismatique et sans faille. En effet, le choix des dialogues et surtout le jeu d’acteur de Tom Hanks est révélateur du parfait politicien, très éloquent, courageux, sûr de lui. Qu’en est il de la vérité ? Pour répondre a cette question, il est nécessaire de se pencher sur la biographie du député Wilson.
Au final, peu importe que la vérité soit respectée ou pas concernant ce curieux personnage, tant que celui-ci illustre avec pertinence la volonté du réalisateur.

2. Un seul homme pour sauver le monde ?

C’est un peu la problématique du film, « un seul homme » pour sauver le monde du « méchant communiste ». Certes cette vision est plutôt simpliste, mais c’est pourtant l’épine dorsale du scénario...
Le film est construit sur un parallèle entre un début et une fin « identique » c’est à dire que les premières minutes du film exposent exactement la même situation que les dernières : Charlie Wilson décoré pour ses hauts faits avec toujours cette bannière « Charlie Did It » (« Charlie l’a fait »).
Bien évidemment, c’est une vision angélique de la résolution du conflit armé en Afghanistan, qui occulte la réalité historique. Nous reviendront plus loin sur ce point.

3. Le représentant d’un modèle

Ce film possèdent nombre de défauts et de points négatifs, dont notamment, l’accumulation de cliché et de stéréotype. En effet, en ayant un regard critique sur le film, on remarque très vite que la distribution des rôles, les répliques et le jeu d’acteur sont vraiment révélateur des idées reçues américaines. A commencer par Charlie Wilson, le député texan, le cowboy (ou plutôt playboy ?) qui baigne dans un jacouzzi de bonheur et de rêve américain (femmes, alcool, sexe, drogue) à un point où il devient le anti-héros, loin d’être un politicien important. Dans ce cas, c’est la classe politique américaine qui est visée, et critiquée.
Le rêve américain, mythe ou réalité ? On peut se demander si l’Amérique offre réellement a chaque américain d’accéder aux mêmes statuts que Charlie comme voudrait le montrer le réalisateur... Charlie dit dans le film « c’est à ce moment là que je suis tomber amoureux de ce pays » juste après avoir évoqué l’histoire de son chien tué par le méchant voisin et sa « découverte » de la politique. Cela dit, c’est bien plus que ça, c’est un modèle, le modèle américain qu’il pointe du doigt, et surtout qu’il promulgue. Un modèle dans lequel le gouvernement fait ce qu’il souhaite des caisses de l’État, ou fait voter des lois sans toujours les lires correctement : « techniquement vos 10millions peuvent se multiplier par 4 » (Charlie à Gust), un modèle, enfin, dans lequel l’argent ne « pose pas de problème » pour reprendre les mots du scripts.
Dès lors, le modèle américain, illustré par le personnage de Charlie est très marqué dans ce film et appel à la critique.

B) La question du budget étasunien

1. Voter un budget : mode d’emploi

Voter un budget n’est pas une affaire de président aux États-Unis, mais bien de députés. C’est le congrès des USA qui prend les décisions ou qui donne le feu vert au président. Charlie Wilson est député au congrès, et de ce fait, il à une part du pouvoir décisionnel en main. Pour le reste, tout est question de relation entre députés et les intérêts de chacun. Que l’on soit pacifique ou magnat des armes, catholique ou protestant, démocrate ou républicain, il y a toujours lieu de trouver un terrain d’entente, c’est la force du modèle américain. Dans cette optique, les démarches de Charlie Wilson sont révélatrice de cette particularité de la politique américaine. Il fait de la politique un jeu, une sorte de « donnant-donnant » dans un but précis : le retrait soviétique en Afghanistan.
Le fait que ce fonctionnement si particulier de la politique étrangère, qui se règle dans un bar, un restaurant, ou même en buvant un petit café sur une promenade, plutôt que dans un hémicycle est surprenant et bien qu’étant inquiétant pour la démocratie, la situation devient comique.

2. L’augmentation impressionnante du budget de la CIA

L’humour est très présent dans le film, on pourrait dire que c’est une comédie plus qu’un film historique à certains moments. Mais il est intéressant de se demander pourquoi le spectateur rit ? Un des élément comique du film est la façon dont le budget accordé à la CIA pour armée les talibans moudjahidin croît à même temps que le film défile. Même si on connait un peu l’histoire et les événements de la période, on ne peux pas connaître forcément le budget final de l’opération Cyclone. Il y a donc un certain suspens et on peut se demander jusqu’où les « enchères » vont bien pouvoir monter ? A la fin du film, lorsque l’un des députés fait le bilan de toutes les dépenses, et qu’il demande à Charlie quel était la sommes de départ, il y a un éclat de rire qui détend l’atmosphère et fait rire le spectateur.

C) Un modèle fortement critiqué : le jeu des acteurs

1. Le Cynisme de Gust

Gust est un personnage très intéressant. Tout d’abord, il a une situation sociale très particulière : grec orthodoxe, fils d’un famille pauvre, et pourtant espion international dans la CIA. On retombe à nouveau dans le cliché du rêve américain, où n’importe qui peux faire tout ce qu’il désire.
Inutile de préciser que Gust n’est pas un personnage fictif, ce qui rajoute une couche de réalisme à quelque chose qui ne semble pas naturel.
Ensuite, la personnalité de Gust, joué avec talent par Philip Seymour Hoffman est très drôle pour le spectateur. Son incomparable cynisme, mêlé a une franchise et un machiavélisme surprenant apporte une autre dimension au scénario, en le rendant peut être un peu plus crédible, moins angélique. C’est un peu l’ombre de Charlie, son tuteur qui le maintien dans le monde réel (cf la fin, lorsque Gust vide le verre de whisky de Charlie dans le pot de fleures).
Enfin, sans tomber dans la démagogie, le duo Philip Seymour Hoffman - Tom Hanks est impressionnant, car les deux personnages évoluent, l’un grâce à l’autre. Chacun tire une leçon de l’autre, pour au final transformer la relation de départ en amitié.

2. Les confrontation avec les États arabes

Le jeux des acteurs interprétant des arabes (pakistanais, afghans) ou des juifs est très représentatif de certaines idées reçues sur ce genre de population. Au delà de l’antagonisme entre les deux civilisations, de petits détails apparaissent. Par exemple le rapprochement de l’État d’Israël et les États-Unis, et parallèlement, les petites tension entre les États arabes et les mêmes USA (cf Charlie Wilson qui dit qu’il n’a pas de leçons à recevoir d’un dictateur tel que Zia).
Cependant, un détail est frappant, concernant cette fois un parallèle entre le mode de fonctionnement de la politique arabe, juive, et étasunienne. En effet, le fait que les décisions se prenne dans le dos des dirigeants du pays est quand même un facteur de similarité. Par exemple, concernant l’Égypte, Charlie utilise une danseuse du ventre afin de distraire le ministre aux armements et ainsi parler directement et officieusement à son conseillé qui est plus « souple ». La même technique est utilisé dans le cas d’Israël, c’est bien un expert en trafic d’armement qui prend la décision à la place de son gouvernement !
Enfin, le plus flagrant et le plus stupéfiant concerne l’entrevue entre Charlie et le président pakistanais lors du gala organisé par Johanne, même si ce n’est pas vraiment une entrevue sinon une conversation de quelques seconde entre deux invité, mais concernant le sort de millions de gens et le tournant de la guerre froide ! De plus, lorsque Zia dit a Charlie « Israël et le Pakistan devront rester des ennemis aux yeux du monde » cela montre le caractère machiavélique et « top secret » de l’opération.

Conclusion 1re Partie :

 Le modèle politique américain

Le modèle politique américain est loin d’être parfait, et bien que se voulant le plus démocratique de tout les régimes mondiaux de son époque (dans les années 1970-80) il reste plutôt obscure et son fonctionnement est quelque peu douteux. À commencer par le vote du budget par le congrès, ou comment faire sortir des centaines de millions de billets verts du chapeau de l’oncle Sam.

Le représentant de ce système est Charlie Wilson, le député playboy coureur de jupon qui sauve le monde des méchants communistes pour notre bien à tous. A travers son jeu d’acteur, sa personnalité, il suscite la critique de tout un modèle, que le monde doit suivre afin de devenir « démocratique ».

 L’opération Cyclone, entre fiction et réalité.

A) L’opération Cyclone dans les livres d’histoires

1. La course à l’armement

La guerre froide est le conflit qui a conduit à la course aux armements la plus terrifiante de toute l’histoire des guerres. Même avec les pactes et les accords successifs de désarmement entre les deux Grands (USA et URSS), comme les accords SALT ou de le traité de Washington, les deux belligérants continuent de s’armer et placent leur pièces sur l’échiquier européens, plongeant le vieux continent dans un stress permanent et la crise des euromissiles (déploiement des SS20 et des Purshings dans les années 80). Le fait que Mike Nichols ne fasse aucunement mention de ces accords est révélateur de la situation, et montre ainsi à quel point les relations entre les deux Grands restent incertaines et dangereuses. Cela rajoute aussi un côté manipulateur de la part des États-Unis, qui concluent un pacte par devant et qui s’arme par derrière (cf Gust lorsqu’il explique que « lorsque l’on a du sexe et de la drogue dans une main, on peut cacher une armée dans l’autre »).
Autre fait notable, il n’est jamais question de la « guerre des étoiles » ni même quelque référence que ce soit au 20juillet 1969, comme si le réalisateur ne voulait pas donner une dimension moderne et futuriste à son film, et rester au contraire dans cette ambiance un peu « ancienne ». Peut être est ce une référence aux temps anciens où le sort des nations était réglés dans l’intimité des princes et des ambassadeurs, le temps des accords secrets que le président Wilson avait pourtant condamné en 1918 à la tribune de la Société des Nations.

2. Les objectifs de l’opération

L’opération Cyclone est une opération militaire et stratégique secrète menée par les États-Unis, par le biais de la CIA (central intelegency agency) en Afghanistan visant à former et armer les talibans moudjahidins (« combattants de la liberté ») et ainsi repousser les soviétiques de l’Afghanistan en leur causant le plus de perte possible.
Comme le dit Charlie dans le film, et on y reviendra plus tard, le front de la guerre froide se trouve au Moyen Orient et non pas en Europe. Dès lors, cette opération est crucial à la résolution du conflit et la victoire de l’Ouest sur l’Est. Inutile de noter que cette opération est peu, sinon pas médiatisée au moment des faits, et même après la fin de la guerre froide, il serai en effet gênant de clamer sur tous les toits que pendant plus de dix ans les États-Unis ont fourni armements et soutient logistique à un certain Ben Laden, et ont du même fait provoquer une guerre civile, qui dure encore aujourd’hui, en Afghanistan.

B) Une opération secrète

1. La guerre froide : définition

« La guerre froide est un secret de polichinelle » (Charlie Wilson lors de son entrevue à Islamabad avec l’un des chefs de la CIA).
En effet, la guerre froide subit plusieurs périodes dans lesquels l’intensité des tensions est relativement importante, et structurent la période avec des détentes, des coexistences pacifiques et des crises.
La guerre restera « froide » jusqu’à la fin et aucun affrontements armées entre l’Est et l’Ouest ne se déroulera jusqu’à aujourd’hui, le but de ce genre d’opération est justement d’éviter un conflit thermonucléaire entre les deux grands.

2. L’ambiance de complots et le détournement dans le film

Comme il est dit précédemment, le réalisateur fait baigner le spectateur dans une ambiance spéciale. Une ambiance de complot et de détournement, tout en restant dans une ambiance sympathique, qui n’est pas étrange. La musique n’est pas inquiétante, comme si le spectateur était amené à cautionner ce qui se passe dans le dos des gens.
De plus, on ne peut pas dire que « la guerre selon Charlie Wilson » soit un film d’action mouvementé. En effet, c’est plus une comédie mélangé à un film historique qu’un banal film de guerre : pas de scène de combat violent avec des morts et du sang mais des séquences pathétiques sur les effets de la guerre dans les camps de réfugiés (petite fille avec un bras en moins). Certes des scènes de guerre sont présentes dans le film, mais ce sont des vidéos tournée pendant la guerre froide, à chaud, c’est la réalité (une seule exception lorsque des hélicoptères russes font un raid sur une ville afghane). Ce va et vient entre la fiction et la réalité, le film de cinéma et le document historique véridique, apporte toute sa dimension au film historique. On peut dire que cela à un effet amplificateur sur le message du film, la dénonciation de la guerre, et permet de plus insister sur l’action politique et diplomatique des personnages, non pas l’aspect militaire de l’opération Cyclone.

C) Les incohérences du film : l’embellissement de l’histoire ou un film de compensation

1. Le cadre historique n’est pas toujours respecté

Le réalisateur s’est fixé des objectifs et s’est de se fait, construit une « bulle » dans laquelle il met en place ses propres repères historiques. C’est à l’aide d’ellipses à la fois narratives et historiques que l’histoire avance. De ce fait, de nombreux événements ou acteurs de la périodes ne sont pas mentionnés, et provoque dans certains cas des incohérences. C’est le cas de l’opération Cyclone en elle-même qui devient un peu simpliste aux yeux du spectateur. Certes cela fait parti du comique de la situation, mais le budget extensible des opérations de la CIA doit être décidé en parti par un acteur des plus centraux qui n’est pas même cité une seule fois dans le film : le président des USA Jimmy Carter. En effet le réalisateur n’accorde pas la moindre place au président démocrate, pourtant initiateur de nombreux rapprochement entre les pays arabes et l’occident pendant son mandat (Accords de Camp David, le traité de paix entre l’Égypte et Israël).

2. Des éléments trop importants pour être mis sous silence

On peut ainsi élargir le raisonnement, et noter que, bien que ce film soit axé sur le domaine politique, aucune référence à la présidence américaine n’est présente, plus que cela, les termes de « démocrate » ou « conservateur » ne sont pas très utilisés. Est ce une manière de ne pas trop se « mouiller » pour le réalisateur ou une façon de ne pas rendre le film ennuyeux aux yeux de certains spectateurs las de la politique et faire de ce film du pur divertissement ? Il en résulte un manque de crédibilité des événements racontés, bien qu’étant véridiques. Cela peut paraître impertinent de ne pas mentionner des détails pareils, car on tombe facilement dans « l’énormité » et l’effet d’hyperbole.

3. Un film de compensation américain

Cependant, ce style emphatique est recherché par le réalisateur afin de faire rire et divertir. Le budget passant de 5 millions à 1 milliard de dollars fait sourire, plus l’augmentation semble absurde, plus l’on ri. De la même façon, le charisme de Charlie interprété par Tom Hanks est mis en valeur abusivement et dans un style hollywoodien comparable à celui d’un James Bond ou d’un Indiana Jones. Dans ce cas, on tombe dans le film de compensation américain, c’est à dire un éloge des valeurs américaines, du rêve américain à la victoire de ce modèle dominant après la guerre froide.
Ce film ne raconte pas la victoire de l’Amérique sur l’URSS, mais d’un modèle, d’un système politique douteux sur le monde. « L’Amérique a des défaut » comme le dit Charlie Wilson dans le film, cependant ce film met l’accent sur les forces de ce pays et pas vraiment sur ses faiblesses. Au début, comme à la fin, on fait l’éloge d’un seul homme américain, que l’on dit ayant vaincu le communisme à lui seul.

Conclusion 2ère Partie :

L’opération Cyclone, entre fiction et réalité.

La guerre froide à existé, l’opération Cyclone aussi, personne ne viendra contester ces faits. Cela dit il y a plusieurs manière de raconter l’histoire. Dans ce film, Nichols décide de l’embellir en insistant sur le succès de l’opération et ses portées positives. Cet événement n’a pas été très médiatisé, ce qui veut dire que l’on peut aisément le détourner sans que les spectateurs s’en rendent compte. Ainsi, il convient de se documenter et faire marcher son sens critique afin de ne pas tomber dans l’angélisme américain et l’idée toute faite, et garder en tête que bien que ce soit un film inspiré de faits réels, il n’en reste pas moins une œuvre de fiction.
C’est pourquoi dans une dernière partie nous allons analyser les aspects et les enjeux géopolitiques de la guerre froide que nous offre ce film.

 Les autres aspects géopolitiques de la guerre froide révélés dans le film.

A) La haine du communiste , méchant de l’histoire

1. « let’s kill some russian ! » l’objectif premier de l’opération

Dans chaque film, il y a un méchant et un gentil. Même si ce rapport peut être complexe dans certains cas, c’est en règle général ce schéma qui est adopté par le réalisateur. Dans ce cas, le méchant de l’histoire est l’empire soviétique. Ceci est très intéressant, car si on part dans cette logique, le spectateur va éprouver de l’amertume pour le méchant et de la compassion pour le gentil. Ainsi, lorsque l’on regarde ce film, on supporte les américains, contre les soviétiques. On peut donc se poser des question quant à l’objectivité du réalisateur et encore une fois retrouver le schéma du film de compensation.
De plus, on peut aller plus loin en constatant que les protagonistes alimentent une certaine haine du communiste, comme si ce film était une sorte de message d’amertume à l’égard des soviétiques, un rappel non neutre des horreurs commises par l’armée rouge, une sorte de témoignage historique.

2. Johanne et le maccarthysme poussé à l’extrême

Une des illustrations de cette violence dans les propos se retrouve dans le personnage de Johanne, une femme riche, catholique convaincue, maccarthyste et d’extrême droite qui à une profonde haine envers le communisme, l’ennemi de l’Église et de la nation selon elle. C’est pour cette raison que cette femme très influente choisi de s’engager dans la cause afghane et contribuer à la chute de « l’empire du mal ». Cependant, Nichols insiste sur le caractère machiavélique et cynique de ce combat et montre le caractère excessif du maccarthysme.

B) Les relations internationales pendant l’opération Cyclone

1. Le rôle du Pakistan dans le conflit et sa sur-représentation

Le Pakistan est géographiquement stratégique du fait de sa proximité immédiate avec l’Afghanistan. C’est dans ce pays que les réfugiés afghans établissent des camps, c’est aussi le pays par lequel peuvent transiter les armes et les munitions destinés au Moudjahidin. Ainsi, tout au long du film, Zia, le représentant du Pakistan dans le film est très présent, ainsi que les scènes le montrant avec Charlie.
Ensuite, cette dictature arabe s’allie avec l’État d’Israël dans le cadre de l’opération Cyclone, afin de permettre le passage des armes dans tout le Moyen Orient, ce qui paraît aberrant quand on sait la haine que se voue depuis des décennies les États arabes et Israël. Cependant, dans la scène du banquet en l’honneur de Zia, le président pakistanais ne montre pas vraiment de résistance quant à l’idée d’une alliance avec les hébreux. On peut donc voir que les enjeux économiques et politiques surpassent aisément les enjeux religieux. On notera au passage la phrase de Zia qui dit que « aux yeux du monde, Israël et le Pakistan devront rester ennemis », on peut donc faire le lien avec ce qui a été dit plus haut, concernant les accords secrets et les mensonges d’État.

3. 2. Le Moyen Orient comme le « véritable front de la guerre froide »

La guerre froide oppose de 1947 à 1991 deux blocs, Est et Ouest, très vastes géographiquement. Cependant, aucun affrontement ne se fera sur le sol même des deux Grands (USA et URSS). Le « véritable front de la guerre froide » se trouve surtout au Moyen Orient. Les enjeux stratégiques sont de taille, car si les soviétiques prenaient racines dans cette partie du monde, alors ils aurai de ce fait une porte ouverte sur l’Europe et suffisamment de ressources énergétiques pour continuer la guerre et peut être même la gagner. Devant ce constat alarmant, Johanne et Charlie, comme Gust ou le reste des protagonistes se sentent obligés de s’impliquer et tenter de faire changer les choses, ce qui parviendront à faire. Au passage, on notera « l’oubli » surement volontaire du réalisateur, lorsqu’il s’agit de montrer clairement ces enjeux. En effet, dans le film de Nichols, on apprend que si Johanne et Charlie veulent à se point s’impliquer, c’est dans l’unique but de sauver les afghans et simplement empêcher des milliers de morts supplémentaires. Dans cette perspective, on est bien loin des enjeux géopolitiques ou stratégiques d’une politique d’endiguement (ou de « containment ») qui est plus crédible mais évidemment moins glorieuse...
Ainsi, le Moyen Orient est un endroit clé et un tournant de la guerre froide, néanmoins, le film nous montre une raison de cette importance qui n’est pas la même que celle que l’on trouve dans les livres d’histoire ou qui découle d’un raisonnement logique. On peut probablement y trouver l’explication déjà donnée dans la deuxième partie, c’est à dire la volonté de faire du cinéma de divertissement sans rentrer dans un schéma de prise de parti ou politique.

Conclusion 3ère Partie :

 Les autres aspects géopolitiques de la guerre froide révélés dans le film.

Ce film est une sorte de « manuel simplifié des relations internationales » ou l’équivalent de « la géopolitique pour les nuls » dans le sens où il présente des éléments de géopolitique tout en restant dans la comédie et le simplisme. Ainsi, il convient de mesurer les informations donnée et de faire quelques recherches avant de se forger une opinion sur les faits relatés.
Quoiqu’il en soit, c’est un excellent moyen de faire de la géopolitique et de montrer au grand public des informations très intéressantes sur les évènements qui ont marqué la guerre froide et donc jeter les bases du monde actuel. C’est par exemple une explication pertinente des causes de la guerre civile qui ravage l’Afghanistan encore aujourd’hui.

Conclusion générale :

« La guerre selon Charlie Wilson » n’est pas un film géopolitique, c’est une comédie basée sur des éléments historique et qui retrace un moment crucial de l’histoire de la guerre froide, en se basant sur des fait réels et en utilisant des personnages réels qui sont encore en vie pour la plus part.
Néanmoins, la portée du film est bien plus grande. En effet, on peut y trouver des éléments de géopolitique et de géostratégie, à la fois dans le scénario, mais également dans le jeu des acteurs, ou même encore dans l’ambiance et la réalisation du film. Les bases de réflexion son t là, à nous de réfléchir et de pousser le raisonnement jusqu’au bout.
Enfin, on peut noter le caractère angélique de ce film qui peut être à juste titre considéré comme étant un film de compensation américaine, notamment en rapport avec les évènements récents au Moyen Orient, et une diffusion de plus du modèle américain se voulant dominant.

MARIE Frédéric


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