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A propos du Gabon, réaction d’Emmanuelle Nguema

lundi 21 septembre 2009

J’ai reçu cette réaction d’une collègue gabonaise de Marseille.
Vous trouverez en bas de ce document un article qu’elle a écrit pour la revue « Enjeux » de 2008 et intitulé « La géopolitique du pluralisme culturel au Gabon »

L’imaginaire politique des Gabonais est longtemps resté imprégné par l’idée d’un président de plein pouvoir et d’un président à vie au point où le nom de Bongo est devenu synonyme de « président » (je vous renvoie sur mon livre en cours d’édition à l’Harmattan, il sortira certainement le mois prochain : « Gabon : les politiques du pardon et/ou l’institutionnalisation de la rancune »).

Cette nostalgie proprement négrophobe, ajouté au fait que, je cite R. Bourgui « Ali Bongo est le mieux placé pour servir les intérêtes de la France », a fait que la machine à « tricher » s’est mise en place en amont même de la préparation de l’élection présidentielle. Liste électorale non révisées et non conformes : on y retrouvait des noms de morts, de bébés, de personnes à qui on accorde massivement la nationalité juste à l’approche des échéances électorales. J’ai une anecdote à vous rapporter à ce propos : mon frère était monté dans un taxi conduit par un Nigérian (nationalité d’origine d’Ali Bongo), à la suite d’un malentendu sur l’endroit où il lui avait demandé de le laisser, le taximan lui fait clairement comprendre que « de toutes les façons je suis plus Gabonais que toi, toute ma famille et tous mes amis ont reçu les cartes nationales et les cartes d’électeurs alors que vous mêmes vous n’en avez pas. Vous les Gabonais vous avez trop la gueule alors que vous êtes devenus minoritaires dans votre propre pays. Vous allez voir, on va tout faire pour faire passer Ali et après on va tous vous couper la gueule sur les troncs d’arbre. Comme ça on verra comment vous allez encore nous parler ». Cette anecdote est d’autant plus appropriée au contexte actuel que pour avoir une carte nationale d’identité au Gabon vous devez effectuer un parcours du combattant, et du coup, rares sont les Gabonais qui peuvent vous présenter leurs cartes nationales d’identité alors que les étrangers s’en procurent massivement et facilement à l’approche des élections présidentielles.

Des urnes bourrées d’avance : l’exemple de l’ambassadrice de Paris qui a bourré une urne dans son bureau en est révélateur et ce n’est pas un cas isolé. Le décompte des procès verbaux a été interrompu avant même la fin, car le président de la CENAP avait reçu l’ordre de tout arrêter et tout de suite après, le ministre de l’intérieur a annoncé la victoire d’Ali Bongo. Les félicitations de Sarkosy alors que tout le monde criait au hold-up laisse présager d’un complot adoubé par la France, et ainsi de suite....La liste des irrégularités est longue ; mais tout ceci pour conclure qu’Ali Bongo a bel et bien orchestré un coup d’Etat électoral au Gabon. Va-t-il être maintenu à son poste ?

Le contraire m’étonnerait dans la mesure où toutes les procédures légales sont verrouillées par la famille Bongo où les personnes directement impliquées dans la préservation de leurs intérêts. La présidente de la Cour Constitutionnelle, Mme Marie-Madeleine Mboratsouo n’est autre qu’une des nombreuses maîtresses de Bongo père et avec qui elle a eu des enfants. Mme Rose Rogombé, présidente par intérim, s’est brillamment illustrée comme la marionnette de la famille présidentielle. En outre, l’Etat c’est lui, la justice c’est lui, l’administration c’est lui.

Quant aux opposants, je préfère ne pas me prononcer sur leur jeu. Et le seul perdant dans cette « danse des sorciers » c’est le Gabon et les Gabonais excédés par 42 ans de dictature douce et qui s’apprêtent à vivre on ne sait combien d’années de tyrannie. Et je n’exagère pas lorsque je parle de tyrannie, il n’y a qu’à voir ce qui se passe à Port-Gentil et ni les opposants, ni Ali Bongo, n’osent décréter un jour de deuil national alors que toutes ces personnes (on parle officiellement de 3 morts mais tout le monde a pu constater que les morgues sont pleines de morts qu’on ramasse dans les rues) meurent pour la liberté. Ce sont eux les véritables héros du peuple.

Emmanuelle Nguema