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Réponse au texte de Simon Tulipe « lettre à M. Sarkozy au sujet de la crise et du rôle de la France »

jeudi 14 février 2008

Réponse d’une étudiante gabonnaise au texte « lettre à M.Sarkozy » cité dans l’article « La France au Tchad »

J’ai beaucoup apprécié ce texte qui permet de voir la façon dont la politique de la France peut être perçue à l’extérieur et particulièrement depuis ce qu’il faut bien appeler les anciennes colonies africaines.
Il aurait pu être écrit par n’importe lequel de mes collègues universitaires ivoiriens : c’est une position très très partagée. Et je dois dire que j’adhère « à 300% » à ce qu’elle dit si bien. J’y adhère en tant qu’individu, en tant que chercheur et en tant que citoyenne.
J’ai demandé à l’auteur de m’autoriser à le mettre en ligne sur mon site, parce qu’elle est une étudiante comme vous et que ce qu’elle dit est dit admirablement bien.

A vrai dire, j’aimerais que chacun d’entre vous puisse s’approprier sa façon de réagir distanciée, avec sa propre sensibilité.

Je vous fais toujours travailler dans l’objectif de vous obliger à voir les choses d’ailleurs que de notre nombril français (par exemple dans mon exercice de collecte de presse étrangère), et je trouve que dans ce sens, ses remarques « culturelles » sont en pleine harmonie avec le travail que je vous demande.

C’est précisément parce qu’on passe notre temps à nous regarder le nombril que le fossé se creuse entre nous et le reste du monde (pas seulement les « ex-colonies »).

Dans le contexte opaque où nous baignons, ce texte est un bol d’air aussi parce qu’il montre dans sa seconde partie ce que peut apporter le fait d’être au carrefour de plusieurs cultures : comprendre les uns et les autres. Sans jugement.

Bonsoir,

Merci de ce texte très instructif. Je regrette hélas que les hommes politiques français ne mesurent pas assez l’ampleur du ressentiment que suscite l’attitude du gouvernement français envers nos chers présidents à vie chez les populations africaines. Le fossé est de plus en plus profond et la France est plus que jamais perçue non seulement comme une puissance égocentrique, uniquement soucieuse de ses intérêts, mais aussi comme le plus solide barrage à tout changement de pouvoir. Les jeunes africains francophones idéalisent aujourd’hui - certes avec beaucoup de naiveté- les Etats-Unis et la Chine, nouveaux modèles et nouveaux eldorados. La politique d’immigration choisie et les récents fiascos de Côte d’Ivoire et du Tchad font ne grandissent guère l’image de la France. Un de vos illustres compatriotes a dit un jour qu’un Etat n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. Il est plus que temps nous, africains, puissions défendre les nôtres. Pourquoi toujours faire passer les africains pour des irresponsables, qu’on nous laisse libres de régler nos problèmes au sein de nos Etats et nous finirons par trouver des modes de gouvernement efficients, propres à chacune de nos sociétés et de nos nations en construction et en perpétuelle recomposition.

L’espoir toutefois existe. Elle est passée la génération de nos arrières-grands-parents qui ont subi la chicotte, passée celle de nos grands-parents qui ont été les « sujets » (ce n’est pas une blague) de la république, passée celle de nos parents idéalistes, mais aussi complexés - il faut l’avouer - qui mettaient un point d’honneur à parler le français mieux que les « Blancs », à boire du vin, à porter des costumes des meilleurs couturiers, à se décaper la peau et à se défriser les cheveux. Nos pauvres parents ont été indépendants sur le papier mais gardaient cette fascination mêlée au complexe du colonisé, cette revendication mêlée d’admiration pour la métropole et ses droits de l’homme.

Savez-vous que chez les Ambaama (mon peuple) , et chez de nombreux de peuples africains, la conception du temps est cyclique et non linéaire ? C’est d’ailleurs pour cela qu’on ne se hâte guère dans les tâches secondaires (administration...) parce que ce qu’une génération n’a pas achevé, une autre l’achèvera. Nous disons aussi que le « travail du Blanc » ne finit pas (tout ce qui à trait à l’administration) , car un homme y remplace un autre , et lorsqu’on meurt il arrive qu’on laisse des dossiers sur le bureau. Ce n’est pas par paresse qu’on préfère aller pleurer et veiller un mort, c’est par choix : on ne peut veiller et pleurer un défunt qu’à un moment précis, alors qu’on peut accomplir des tâches administratives à n’importe quel moment. Notre génération se spécialisera dans l’impossible : concilier le lourd héritage de la colonisation avec nos traditions et surtout inventer un avenir.

Chez moi on dit « gnila andouo, mami a mpa », littéralement, laisse tomber les conseils, c’est l’expérience qui enseigne.

L’expérience du néocolonialisme nous enseigne... comment le combattre.

Le changement ne viendra pas de nos hommes politiques, trop corrompus, trop bouffis de pouvoir, mais de la jeunesse africaine à condition qu’elle trouve le courage d’espérer et de se prendre en main. On ne demande jamais à un peuple de se lever ; lorsque le joug devient insupportable, il le secoue.

Merci et désolé pour la longueur de ma réponse, c’est mon petit coup de gueule du week-end.

Wendy